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2.1 Analyser la situation

Il s’agit de recueillir les données qui permettront l’analyse du problème à améliorer (La Fiche 6 présente quelques méthodes de base en la matière).

En matière de santé publique/promotion de la santé, ce type d’analyse concerne habituellement les besoins de santé et les demandes. Des notions parfois porteuses d’ambiguïté (cf Fiche 7).

Pour cerner au mieux le public concerné, l’analyse devra inclure des données sur :
- la santé « diagnostiquée » ou mesurée
- la santé « observée » au travers des habitudes de vie ou de comportement du public
- la santé « vécue », c’est-à-dire incluant le point de vue du public sur sa qualité de vie (Fiche 7)

Les données récoltées seront utiles pour la suite du Temps 2 ainsi que pour le Temps 3 qui correspondra à la construction du contenu et à la définition des procédés psychopédagogiques de votre outil.

a. Décrire le problème de santé sur un plan épidémiologique et démographique

Une étape utile pour :

Mieux cibler votre public final
Mieux argumenter dans le cadre de la recherche de partenaires et de subsides

Les revues spécialisées vous permettront de recueillir des éléments objectifs sur la question, notamment des données statistiques et épidémiologiques. Celles-ci doivent cependant être utilisées avec prudence car elles cachent des variables liées notamment au territoire et au sexe qu’il est parfois primordial de prendre en compte. Etablies sur de larges échantillons, à l’échelon national ou régional, et liées à un contexte culturel et temporel particulier, elles peuvent dans certains cas ne pas être adaptées à votre analyse. Des organismes spécialisés peuvent vous aider à en mesurer la pertinence par rapport à votre question.



Certains organismes proposent des références utiles :

- Institut national de Statistiques : http://statbel.fgov.be/home_fr.htm

- UCL-RESO Doc : http://www.uclouvain.be/reso-bdd.html
- Institut Scientifique de Santé Publique :http://www.iph.fgov.be

- section épidémiologie :www.iph.fgov.be/epidemio/epifr/

- Enquêtes de santé publique : http://statbel.fgov.be/surveys/hs.asp

- Banques de Données en Santé Publique : www.bdsp.tm.fr

b. « Acceptabilité sociale » du thème (sur le plan du projet politique et du projet de société)

Une étape utile pour :
- Etre plus convaincant auprès de vos partenaires
- Prévenir des réticences inattendues (sur le plan de la diffusion, de la collaboration, d’une utilisation collective…)
- Evaluer la pertinence du projet de création d’un outil sur ce thème


En matière de santé, chaque thème véhicule une image spécifique dépendant du contexte culturel, politique et économique dans lequel il s’inscrit. L’acceptation d’une intervention et son importance en dépendront ; celle-ci n’ayant pas nécessairement un rapport direct avec l’importance « objective » du thème dans le domaine de la santé publique. Elle dépend aussi de priorités financières, de collaborations interministérielles, de « valeurs » véhiculées par le thème considéré.



Les interventions dans le domaine de l’alcool sont délicates malgré l’importance de ces questions en matière de santé publique. Elles peuvent aller à l’encontre d’intérêts économiques et de normes sociales bien ancrées. En effet, l’alcool est légal, socialement accepté et valorisé. Il n’est pas considéré comme une drogue nuisible.

Il est des domaines de santé où les objectifs sont clairement liés à des choix de valeurs. Celui des assuétudes en est un exemple. Un même outil ne pourra pas comporter à la fois des objectifs de prévention primaire et des objectifs de réduction des risques. De même, un utilisateur d’outil fondamentalement convaincu de l’importance des stratégies de réduction des risques n’adhérera probablement pas à un outil comportant des objectifs d’abstinence en matière de produits… Pour ces thèmes fortement liés à des valeurs, le constructeur d’outil aura tout intérêt à clarifier (pour lui-même et pour les futurs utilisateurs) les choix qui ont présidé à la construction de l’outil.

Pour estimer l’ « acceptabilité » d’un thème lié à la santé, vous devez prendre en compte :

- l’image du thème dans les médias et l’opinion publique
- les échos qu’en donnent les revues spécialisées
- l’engagement du monde politique (le thème est-il prioritaire ou non ?)
- les controverses qui lui sont liées (qui argumente ? Comment ? Dans quel sens ?)

c. Analyser le public final concerné par l’outil

Une étape utile pour :

- Garantir la pertinence du thème (quel sens a-t-il par rapport au public final).
- Améliorer la pertinence du contenu et des objectifs de l’outil (et améliorer ainsi l’acceptabilité de l’outil par le public final). Le contenu s’ancre-t-il dans les représentations du public ? Les objectifs de l’outil correspond-il aux attentes de ce public ?
- Définir l’action et l’accompagnement autour de cet outil. Mieux connaître le public vous permettra de mieux l’atteindre, de vous adapter à ses habitudes, ses horaires, ses préférences…

Une étape qui réclame une attention particulière :

On a longtemps pensé qu’une information sur les « bonnes pratiques » suffisait pour inciter le public à modifier ses comportements. C’était sans compter sur les puissants obstacles au changement que sont les représentations et les attitudes. Une réflexion sur le changement et les obstacles au changement dans le cadre de l’éducation s’impose donc. La Fiche 5 vous propose des approfondissements en la matière.
L’analyse du public final imposera donc une étude de ses comportements et modes de vie, de ses demandes et souhaits mais aussi de certaines de ses habitudes, attitudes et représentations.

1. Prendre en compte les spécificités socio-culturelles* du public

* Le terme « culture » est ici envisagé dans son sens très global, comme suggéré par Tylor qui, en 1871, définissait la culture comme un tout complexe qui inclut les connaissances, les croyances, l’art, la morale, le droit, les coutumes ainsi que toute autres dispositions ou habitudes acquises par l’homme en tant que membre d’une société.

Une étape utile pour :

- Vérifier que le problème de santé abordé a un sens pour le public
- Adapter vos messages
- Interpeller plus efficacement le public

Les représentations de santé sont largement influencées par les facteurs socio-culturels (niveau d’instruction, habitudes sociales, régions et lieux de vie, ethnie, opinion politique, personnalités de référence…) Il faut donc prendre en compte les comportements et styles de vie. Cette démarche prend du temps car ces particularités socio-culturelles ne peuvent être perçues que grâce à un contact direct et approfondi. Cette analyse « colorera » l’analyse du public final.

2. Etudier la santé « manifestée » du public final

Une étape utile pour :

- Adapter votre message aux préoccupations du public
- Nuancer votre analyse de la santé « vécue » du public final

Trois axes :

- Recueillez les éventuels souhaits, demandes, malaises et/ou protestations formulées par le public.
- Recueillez des éléments sur la santé du public final telle qu’observée par les relais en contact proche avec ce public. Un mode de collecte habituel en promotion de la santé qui impose une réserve : la perception des relais et celle du public est rarement superposable. Les données obtenues ne peuvent être considérées comme directes. L’idéal est donc d’interroger le public lui-même et de nuancer ou compléter l’analyse en consultant les relais.
- Observez les modes de vie, les comportements, le rapport des individus et des groupes à leur environnement. On peut citer à titre d’exemples : les conflits, les accidents, les traumatismes, les maladies, les habitudes qui paraissent dangereuses pour la santé, les manifestations de violence, la consommation de toxiques, la consommation de soins de santé etc.

3. Etudier la santé « vécue » du public final au travers de ses représentations

Une étape utile pour :

- Construire un outil plus pertinent : le changement proposé doit être adapté aux représentations des personnes à qui on le propose, il doit s’intégrer aux représentations existantes.
- Favoriser l’acceptabilité de l’outil par le public en évitant de remettre brutalement en cause des convictions solidement ancrées.

Il s’agit d’étudier les représentations du public (ou de sous-groupes dans le public) liées au problème de santé concerné. Comment est-il compris, traduit ? Quels sont les convictions, les connaissances, les croyances du public en ce qui le concerne ? Quelles représentations ce public se fait-il de la santé au sens le plus global du terme ? Que signifie pour lui « être en bonne santé » ?

4. Etudier les attitudes et les habitudes du public

Une étape utile pour :

- Choisir un support et des procédés psychopédagogiques qui intéresseront le public et ne provoqueront pas a priori de rejet massif.
- Optimiser l’impact de l’outil en améliorant votre crédibilité de promoteur.
- Identifier les bons partenaires à solliciter.

- Ce qui accroche votre intérêt de promoteur ne correspond pas forcément à l’intérêt du public. Il faut donc étudier les réactions de celui-ci par rapport à différents types de supports et de procédés psychopédagogiques. Ces « attitudes » - c’est-à-dire la prédisposition favorable ou non de votre public par rapport à ces supports et procédés – ne sont pas faciles à objectiver.
Qu’est-ce qui éveille l’intérêt de ce public ? Par quoi se sent-il concerné ? Quels sont ses goûts ? De quoi se moque-t-il ? Que trouve-t-il « ringard » ?

- Cette analyse sera complétée par l’analyse de quelques habitudes du public en termes de loisirs. Quelles émissions regarde-t-il ? Quels sont ses « héros » ? Quels sont ses sports favoris ? Ce public est-il joueur ? Quels sont ses jeux (y compris lotos, bingos…) ? A quoi joue-t-on dans les cours de récréation ?

- Quelle est votre image auprès du public ? En quoi êtes-vous perçu comme légitime pour ce thème par le public ? La source du message influence en effet la réception de celui-ci auprès du public. Celle-ci doit apparaître comme compétente, crédible, objective, désintéressée et « attirante », c’est-à-dire sympathique, familière voire même semblable à lui (cf Fiche 5). Etudiez donc les références de votre public, ce à quoi il croit, ses modèles, les institutions ou les personnalités qui lui inspirent confiance. Dans le cas où votre crédibilité serait jugée plus ou moins faible, veillez à vous associer à des partenaires qui pourraient l’augmenter.

L’analyse du public final n’est pas simple. L’idéal est d’en inclure quelques représentants dans vos groupes de travail.

d. Analyser les ressources

Les moyens (financiers et humains)

L’identification des ressources est un élément important de l’analyse. Ressources nécessaires ressources disponibles. Quatre grands types sont à distinguer :

- Le capital social : relations et contacts, ressources humaines.
- Le capital culturel : compétences (savoir, savoir-faire, savoir-être).
- Le capital matériel : infrastructures, équipements, stock, moyens financiers…
- Le capital symbolique : image de marque et reconnaissance publique, réputation.

Cette analyse des ressources doit être associée à la planification du projet de construction de l’outil. A quoi serviront ces ressources ? A quel moment seront-elles mises en œuvre ? Ainsi, les ressources financières interviendront surtout au Temps 4 (réalisation concrète et diffusion). Les relations et contacts seront surtout utiles au démarrage, lors de la recherche de partenariats et de sponsors ainsi qu’au moment de la diffusion de l’outil.

Les outils déjà existants

Inutile de réinventer la poudre… renseignez-vous sur ce qui a déjà été fait dans le domaine concerné. Consultez Internet, notamment le site www.pipsa.org, visitez CLPS et ludothèques…
Cette recherche pourra en outre vous donner de bonnes idées de contenu, des informations récentes, des procédés pédagogiques particulièrement interactifs, des idées de graphisme etc. Vous pourrez aussi découvrir un « créneau » inoccupé et développer des idées plus spécifiques.

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Créer un outil by PIPSA UNMS est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.0 Belgique .

Adaptation du guide « Comment créer un outil pédagogique en santé : guide méthodologique »
. Auteurs : Catherine Spièce et Maïté Frérotte, du Service Promotion de la Santé de l'UNMS ; Chantal Vandoorne et Sophie Grignard, de l'APES-ULg (Bruxelles, 2004).