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Fiche 5 : Obstacles au changement

Le Temps 2 a démontré que les enjeux de l’action éducative (et donc de l’outil) sont toujours des enjeux de changement. Les principaux obstacles à ce changement - mis en lumière par de nombreux auteurs - sont les représentations et les attitudes.

Eléments de définition

La représentation est le résultat d’une activité mentale par laquelle un individu reconstitue le réel auquel il est confronté en lui attribuant un sens. Elle est formée de modèles intériorisés que le sujet construit à partir de son environnement et des ses actions sur celui-ci. Ces modèles sont utilisés par l’individu comme sources d’information et instruments de régulation/planification de ses conduites. La représentation possède donc une visée pratique d’organisation/maîtrise de l’environnement (matériel, social, idéel) et d’orientation des conduites et communications.

L’attitude est une disposition interne à l’individu, acquise, durable, qui sous-tend les réactions favorables ou défavorables de l’individu face à un objet, une idée, une activité. Elle est donc une prédisposition à agir. Elle se traduit par des réactions émotives qui sont intégrées puis ressenties chaque fois que cet individu est en présence d’un objet, d’une idée, d’une activité. Ces réactions émotives amènent la personne à se rapprocher ou à s’éloigner de l’objet, l’idée, l’activité.

Non observable, l’attitude doit être inférée à partir de réponses verbales ou comportementales. L’attitude est une disposition individuelle : elle est le produit est le résultat de toutes les expériences de l’individu, expériences directes ou socialement relayées, avec l’objet ou la classe d’objets.

On attribue aux attitudes plusieurs propriétés :

-  direction (sens favorable ou défavorable)
-  amplitude (degré ou intensité de faveur/défaveur)
-  ambivalence (proportion d’aspects favorables et défavorables)
-  saillance (degré d’accessibilité facilitant l’expression de l’attitude)

On parle donc de représentation de la santé et d’attitude envers la santé.

Les représentations et attitudes, puissants obstacles au changement

- Le poids des représentations

Les représentations sont une forme de connaissance autre que celle de la science. Elles sont construites selon une logique cognitive certes, mais aussi perceptive et émotionnelle de données issues de sources disparates (savoirs scientifiques, compétences personnelles, rumeurs, images visuelles fortes etc.) Toute information nouvelle est automatiquement traitée, voire modifiée, pour s’intégrer dans l’ensemble existant des représentations.

L’individu qui reçoit un nouveau message doit donc faire en sorte qu’il s’insère dans ses représentations. S’il y a conflit, l’individu pourra « oublier » le message, le transformer afin qu’il s’y intègre ou modifier ses représentations… Il est évident qu’il lui sera plus facile d’oublier le message que de faire un travail en profondeur sur ses propres représentations !

- La structuration des attitudes, et en particulier l’ambivalence des individus par rapport au risque et à l’interdit

Les attitudes, par leur fonction mobilisatrice et régulatrice, sont en lien direct avec les comportements, les actions concrètes. Elles ont une grande influence sur les comportements favorables ou défavorables à la santé.

Elles sont le produit et le résumé de toutes les expériences de l’individu - expériences directes ou socialement relayées - avec un objet, une idée, une activité.

Les attitudes sont acquises. Les théories de formation des attitudes sont aujourd’hui cognitives (modelage par observation et par communication etc.). Elles mettent l’accent sur le rôle du milieu social, de la communication verbale et du fonctionnement symbolique.

Parmi les attitudes constituant un puissant obstacle au changement, l’ambivalence par rapport au risque et à l’interdit est particulièrement bien soulignée par Goudet. Cet auteur distingue d’un côté la construction épidémiologique du risque - celle des experts - qui se base sur une logique de connaissance scientifique et de l’autre la construction subjective du risque - celle du sujet et/ou du groupe - qui se base sur la logique des représentations. Cette construction subjective peut pousser les individus à prendre certains risques. La prise de risque remplit en effet des fonctions personnelles et sociales bien réelles.
Notons que cette construction subjective du risque possède des fonctions contradictoires : fonction positive (affirmation de soi, conquête, dépassement de soi) et fonction négative (expression d’un mal être, d’un désespoir). La prise de risque et l’exposition délibérée à un danger est donc toujours ambivalente.

Peut-on dépasser ces obstacles ?

Il faut être conscient de ces obstacles et ne pas en nier l’existence lors de la construction de l’outil.

Voici quelques pistes de réflexion basées sur des auteurs différents. Vous constaterez des recoupements.

Selon Goudet, il s’agira d’abord, pour produire du changement, de « remonter la piste » des représentations afin d’amener les individus à s’interroger et à les remettre en question.

C. Cudicio (cité par Fourneau) met en lumière quatre principes permettant de modifier les représentations :

- le principe d’accord : il suppose un état minimal d’accord entre la source et le destinataire du message, c’est-à-dire une relation faite de reconnaissance et de confiance.
- le principe de pertinence : le changement proposé doit être pertinent par rapport au modèle du monde des destinataires et venir s’y adapter ; il doit s’appuyer sur ce qui préexiste chez les destinataires du message.
- le principe de congruence : celui qui propose le changement doit le « comportementaliser », ses mots doivent concorder avec ses actes. En clair, il doit monter l’exemple.
- le principe d’expérimentation : le changement doit comporter une phase d’appropriation qui passe par l’expérimentation.

D’autres se sont intéressés aux attitudes et ont montré que – même si celles-ci sont particulièrement durables – elles peuvent changer sous certaines conditions. Plusieurs facteurs influencent ainsi les modifications d’attitudes. Ne sont repris ici que ceux qui paraissent les plus pertinents dans le cadre de la construction d’un outil pédagogique :

- les facteurs liés à la source :

  • la source doit apparaître comme compétente et digne de confiance (crédibilité).
  • la source doit être perçue come objective, désintéressée et ne manifestant pas une trop grande volonté d’influencer. Elle évitera ainsi chez le récepteur un phénomène de « réactance »
  • la source doit être « attirante », c’est-à-dire que le récepteur va la juger sympathique, familière ou semblable à lui.

- les facteurs liés au récepteur :

  • les caractéristiques personnelles telles que l’estime de soi, le niveau d’anxiété ou le niveau d’engagement jouent un rôle dans la réception du message.
  • lorsqu’un sujet est averti qu’il va recevoir un message contraire à son opinion, il « résiste » à la persuasion.
  • le fait de s’engager dans une activité comportementale facilite l’appropriation du changement.

- les facteurs liés à l’outil :

  • l’attitude n’est pas considérée comme existant « en soi » mais comme existant « en situation » : elle peut varier selon la situation, le rapport de l’individu à l’environnement, le moment de la vie etc. L’aménagement de situations nouvelles, offrant de nouveaux champs d’intérêts, peut donc induire des changements d’attitudes.

Morissette et Gingras repèrent cinq stades de modification des attitudes :

- la réception : sensibilisation, attention accordée à un phénomène.
- la réponse : assentiment, volonté et satisfaction à répondre au phénomène.
- la valorisation : acceptation de la valeur du phénomène, constance du comportement à son égard, engagement.
- l’organisation : conceptualisation, organisation d’un système de valeurs.
- la caractérisation : constitution d’un système cohérent et stable de valeurs, d’idées, de croyances etc. ou le phénomène a sa place : philosophie de vie.

Selon ces auteurs, les attitudes étant caractérisées par une grande stabilité, il importe d’exposer la personne à de nombreuses situations pour espérer la voir acquérir l’attitude souhaitée : il faut revenir à plusieurs reprises et dans des conditions différentes pour que se généralise et s’intériorise cette attitude.

La présence d’une construction « subjective » du risque et l’ambivalence de cette construction font qu’il est difficile d’apprécier de l’extérieur ce qui est « bon » ou « mauvais » pour une personne ou un groupe. De toutes manières, l’outil devra tenir compte de ces éléments.

Goudet propose de prendre en compte les représentations du risque développées par les personnes, afin de comprendre le mode de rapport au risque dans leurs attitudes qui structurent leurs comportements. Il s’agira donc de découvrir pourquoi un tel comportement n’est pas affecté du qualificatif « à risque » par la personne et de chercher ce qui pourrait l’amener dans son contexte spécifique, à revoir sa position. Il propose de développer l’interrogation sur la fonction de la prise de risque dans l’économie personnelle du sujet et du groupe social.

Face aux conduites à risques, l’information et l’incitation à « changer de comportement » passent à côté de la problématique. Selon Goudet, il faut alors mettre en place un « accompagnement » du sujet dont l’objectif ne doive plus passer par le changement de comportement mais par la facilitation d’un libre choix éclairé. Cet accompagnement doit passer par :

- la reconnaissance des désirs de l’individu.
- la compréhension de ce qui se joue pour la personne dans ses prises de risque.
- un questionnement interactif sur la pertinence des réponses apportées et sur leurs contraintes.
- une recherche de conduites dans lesquelles son itinéraire de vie puisse se développer.

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Créer un outil by PIPSA UNMS est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Partage des Conditions Initiales à l'Identique 2.0 Belgique .

Adaptation du guide « Comment créer un outil pédagogique en santé : guide méthodologique »
. Auteurs : Catherine Spièce et Maïté Frérotte, du Service Promotion de la Santé de l'UNMS ; Chantal Vandoorne et Sophie Grignard, de l'APES-ULg (Bruxelles, 2004).